Hello every body !

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Sur ce blog, je publie ce que j'écris quand j'en ai le temps, l'envie ou le besoin... les histoires, fictions, rêves... en somme tout ce qui fait plus d'un article.

P
our tout le reste, rendez-vous...

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P.S. : Les écrits sont de moi, mais pas les images les illustrant, elles sont de différents fanartistes comme Thanatos, Kisshun, Olessya, Clo et d'autres qui sont exposés --> ici <-- ou ailleurs...

# Online seit Montag, 19. Juni, 2006 um 17:55

Geändert am Donnerstag, 28. August, 2008 um 04:51

... I

... I

Carmina, Tour d'Obsidienne, chambre de Kha'h, tard dans la matinée.

“Kha
'h, lève toi, il est temps...” lui susurra-t-on dans le creux de l'oreille.

“Arjun'h ?” Il ouvri
t un peu les yeux, mais au lieu du visage de son frère et de sa crinière flamboyante, il vit un visage fin encadré de longues boucles blondes.

“Al
ors il te manque autant qu'à moi... normal après tout... bon, assez dormi !” répondit le jeune homme sur un ton qui se voulait enjoué, ses yeux verts se voilant de tristesse.

“Laisse moi dormir,
Lloan ! ... Je n'ai pas cours aujourd'hui” grommela Kha'h en se roulant en boule.

Lloan se dirig
ea vers l'une des fenêtres et l'ouvrit en grand, laissant un froid glacial envahir la pièce.

“Al
lez, lève toi ! Fais pas le paresseux !”

En guis
e de réponse, Kha'h s'enfouit de plus belle sous sa couette, laissant juste son visage à l'air.
So
udain il sentit des lèvres sur les siennes, surpris, il ouvrit les yeux... et jaillit hors du lit.

“Lloan !!! Ça va pas l
a tête ??? Qu'est ce... qu'... t'as fait quoi là, au juste ?”

“Ce n'étai
t pas assez clair ?” répliqua l'autre avec un sourire moqueur.

“Si, ça o
ui, mais... aux dernières nouvelles tu sors avec mon frère, non ?” Kha'h commençait à ne plus rien y comprendre.

“Ça te d
érangerait tant que ça, si je sortais avec toi ?” demanda-t-il en riant aux éclats, s'amusant de l'effarement qu'il avait provoqué chez Kha'h.

“No
n... enfin ce n'est pas la question ! Arjun'h n'est pas là ! Pourquoi tu fais ça ? Il t'aime, tu l'aimes... Que veux tu de plus ?”

“Disons alors
que ce n'est qu'une façon comme une autre de te réveiller, avec l'avantage que celle ci marche à merveille...
Et quoi de p
lus ? Hmmm... en fait, ce serait plutôt qui que quoi... tu ne vois pas ?”

“Arrête de dire des con
neries, et ferme cette fenêtre !” dit Kha'h agacé, apparemment plus profondément troublé qu'il ne voulait le paraître.
“Bo
n, si déjà tu m'as réveillé, qu'est ce qu'on fait maintenant ?”

“Qu'est
ce que tu dirais d'un p'tit déj' pour commencer ?” demanda Lloan, se tenant toujours le ventre.

K
ha'h s'habilla vite fait et tous deux sortirent pour se diriger vers la salle à manger.

Il ne re
stait plus que deux couverts sur la grande table, et planté au milieu de la salle les attendait un homme à l'allure sévère. C'était l'un des professeurs en charge de l'éducation extra-scolaire de Kha'h.

“Lord Kha'h ! Vo
us vous levez bien tard ! M. Lloan m'a interdit l'accès à votre chambre et je n'ai pas pu vous réveiller !” dit il d'un air pincé, non sans lancer un regard sombre à Lloan qui souriait.

“Ne me l
aisserez vous donc jamais de répit ? Nous sommes dimanche ! Vous pourriez me laisser dormir au moins le seul jour où je ne dois pas aller au lycée !”

“Mais justement Mylo
rd, il faut en profiter pour faire vos devoirs et vous adonner à vos études ! Vous...”

“Il suffit
! j'ai 17 ans ! Je suis bien assez âgé, je pense, pour pouvoir en juger moi même. Je veux bien étudier les six autres jours, mais de grâce laissez moi mon dimanche ! Maintenant, si vous le permettez, Lloan et moi avons faim !” dit il ennuyé, non sans ajouter à voix basse :
“Et dire que les
autres m'envient ! Ils n'ont aucune idée ! Ils pensent que je mène une vie tranquille, une vie de château... Mais appartenir à la famille régnante ne me dispense même pas d'aller au lycée !
Et tous
ces cours supplémentaires que je dois suivre ici, ces leçons de magie, de politique boréale, et toutes les autres... La magie, ça va encore, c'est intéressant avec les Elfes, mais la politique avec ce pingouin qui n'arrête pas de me faire la morale (" Un peu d'attention je vous prie ! Je vous rappelle que vous serez appelé un jour à aider vos s½ur à régner sur les Marches... "), et...”

“Bon, Kha'h, t'as fini d
e râler ? Viens manger, j'ai faim moi ! ... Et puis sans moi tu serais déjà debout depuis des heures.”

“Oui, c'est vrai,
merci !”

Tous les deux
se mirent à manger copieusement, Lloan en riant et plaisantant, Kha'h en silence, retournant dans sa tête les événements et la discussion du matin.

“On sort ?” demanda Ll
oan

“Ok, à cheval ou à
pied ?”

“A cheval. On y
va ?”

Ils sortirent dan
s la cour, et se dirigèrent vers les écuries où ils préparèrent chacun leur cheval, Kha'h un noir, Lloan un gris, puis ils partirent, descendant du plateau où se trouvait la Tour d'Obsidienne vers Carmina, la ville aux innombrables jardins.
La
cité de Carmina, capitale des Marches et plaque tournant du commerce boréal, était construite à l'embouchure du fleuve le plus important des Contrées Boréales. Elle était bâtie sur trois niveaux, chacun entouré de hautes murailles. Au bord du fleuve, la ville basse, comprenant le port, les habitations modestes ainsi que les tavernes, tripots et maisons de plaisir, puis, adossée à la falaise s'élevait la ville haute, centre économique de la cité où se trouvaient les marchés, Guildes et différentes échoppes ainsi que les demeures des notables, et enfin, au sommet de la falaise, surplombant la cité, la citadelle, siège du pouvoir où se trouvaient les temples ainsi que la Tour d'Obsidienne, résidence des Fay, la famille régnante.
Kha'h et Lloan fendir
ent la foule au trot, allure nécessaire pour que la foule s'écarte, puis sortirent de la ville haute par la porte du levant. Les Grandes Plaines s'étalaient devant eux, vastes étendues recouvertes d'une épaisse couche de neige, entourées de hautes montagnes au flancs couverts de sapins, traversées par un fleuve coulant paresseusement sous les soleils d'hiver, seule trouée dans cette blancheur immaculée.

“On va
au Rocher des Loups ?” demanda Lloan.

“Oui, comm
e d'habitude !” répliqua Kha'h avec un grand sourire.

Ils se dirigèrent
donc vers les montagnes et suivirent le chemin escarpé à travers la forêt, sous les sapins qui ployaient sous le poids de la neige, surpris de temps en temps par la chute d'un fardeau devenu trop lourd pour les branches, d'autant plus lorsqu'il leur en tombait sur la tête ou dans le col de leurs manteaux. Après quelque temps, ils arrivèrent à la lisière de la forêt près d'un grand rocher en surplomb qui offrait une vue superbe sur les Grandes Plaines : le Rocher des Loups.
Ils attac
hèrent les chevaux à un arbre, à quelque distance du rocher où les loups se prélassaient, puis ils rejoignirent ces derniers qui les laissèrent approcher, l'Homme n'ayant jamais constitué une menace pour eux. Les habitants des Contrées Boréales, n'ayant pas perdu le lien avec la Nature, respectaient les animaux qui le leur rendaient bien, parfois ils réussissaient même à se comprendre... Les loups connaissaient Kha'h et Lloan qui venaient souvent en quête d'un peu de tranquillité, mais les surveillaient tout de même du coin de l'½il. Les deux amis s'assirent près d'eux, certains loups vinrent se coucher contre eux pour les réchauffer mais sans se laisser caresser pour autant.

“Alors maintenant explique moi pourquoi tu m'a
embrassé ce matin !” commença Kha'h que l'incident du matin préoccupait visiblement.
“Je sais b
ien qu'Arjun'h est parti depuis longtemps et qu'il doit te manquer autant qu'à moi... mais ce n'est pas une raison !”

“Franchement... t'étais si m
ignon à te réfugier sous ta couette et tes coussins... et puis j'en avais envie !
Depuis le dépar
t de ton frère, ma vie au palais est plutôt monotone : tu es au lycée, ta famille toujours occupée... Je suis heureux de pouvoir rester avec vous au palais, mais on s'y ennuie facilement quand même, tout le monde y est si affairé...”

“T'en ava
is envie ?” Kha'h parut songeur, bien qu'irrité parce qu'il ne trouvait pas cela correct vis à vis de son frère... Lloan était pourtant plutôt raisonnable et tout sauf irréfléchi.
“T'as pensé à ce
qu'en dirait Arjun'h ?”

“Arjun'h ? Il en rirai
t !” puis voyant l'étonnement de Kha'h, il ajouta :
“Je suis autant attiré par toi que par ton frè
re... Arjun'h le sait très bien : je l'ai prévenu pour qu'il sache à quoi s'en tenir. Il m'a juste dit que s'il t'arrivait malheur par ma faute, il me tuerait... mais autrement, ça ne semblait pas le déranger outre mesure... et puis vous êtes bien plus proches que la plupart des frères, non ?
Lloan sourit malicieusement en posant cette que
stion.

Kha'h était perplexe.

“Ça t'étonne tell
ement que ton frère accepte de te partager avec moi ?” demanda Lloan.

“Ça veut dire quoi ça, me p
artager avec toi ? Je suis son frère !
Non... ce
qui m'étonne plus, c'est que tu sois amoureux de nous deux et qu'Arjun'h l'ait accepté, enfin qu'il sorte quand même avec toi... quoi qu'en y réfléchissant... il doit vraiment t'aimer pour accepter une telle situation...”

“Je l'aime de tout mo
n c½ur, rassure toi, il ne s'est pas trompé !
Pou
r ce qui est de te partager, c'est juste que toi et ton frère... vous êtes très proches... dit il en riant.”

Kha'h rougit de plus en plus... Arju
n'h et lui étaient vraiment très proches, toujours ensemble, partout... Il se défendit néanmoins par pure forme :
“Et alors ? ... je suis son frèr
e, pas son amant !”

“Justement... tu es son frèr
e !”

“Et c'est toi qui me fais la morale ? Toi q
ui es amoureux de nous deux, toi qui sembles ne pas vouloir ou pouvoir te décider, toi qui veux vivre a...”

Pour le faire taire, Lloan plaque ses
lèvres contre celles de Kha'h... sous un regard que l'on pourrait interpréter comme amusé de la part des loups...

“Et puis... ce matin, j'ai cru
entendre que tu n'es pas contre, autrement dit que je te plais autant que toi tu me plais, je me trompe ?” dit il d'un ton moqueur en libérant Kha'h.

“Non, mais...”

“Pas
de mais ! C'est ce que tu as dit, non ? Ton frère n'est pas contre non plus, et je sais très bien que tu désespères de trouver quelqu'un... Alors tout est pour le mieux, tu ne penses pas ?”

“C'e
st vrai que vu sous cet angle... je suppose, oui... Mais si je te plaisais depuis le début, pourquoi avoir attendu ?”

“Je
ne savais pas ce que tu en penserais... et comme on s'entendait bien, je n'avais pas envie de détruire ça par des actes trop précipités, satisfait ?”

“Moui...” répondit
Kha'h en essayant de faire la moue, mais ne pouvant pas réprimer longtemps un grand sourire.

Ils
admirèrent le paysage, les plaines blanches traversées de temps en temps par un troupeau de caribous, les soleils qui jouaient avec l'eau du fleuve, parlant d'autres choses et se prélassant avec les loups, rêvant contre leur corps doux et chaud, la tête enfouie dans leur belle fourrure blanche, ces derniers se laissaient faire, paresseux et en confiance. Après quelques temps cependant, les soleils déclinant dans le ciel, Kha'h et Lloan se décidèrent à rentrer. Ils firent leurs adieux aux loups, détachèrent les chevaux et reprirent la route en direction de Carmina.
La cité était
visible de loin, blottie au pied de la falaise, dominée par la citadelle.
Ils entrèrent dans la v
ille haute par la porte du levant, puis, les badauds s'écartant sur leur passage, ils montèrent la voie escarpée jusqu'au palais où des écuyers les accueillirent pour prendre en charge leurs montures. Ils montèrent les marches jusqu'à la grande porte qui s'ouvrit devant eux, dans le hall leur apparut une silhouette ailée, de forme humaine, irradiant d'une lumière éclatante mais voilée qui n'éblouissait pas, un Ange Déchu.

“Jeune Kha'h
, vous êtes rentré... Pouvons nous procéder à votre cours de Musique ?” demanda-t-il. Il ne parlait pas à proprement dire, aucun mot ne sortait de sa bouche, ses lèvres ne bougeaient pas, mais Kha'h entendait sa voix résonner dans sa tête.

“Es
t ce que ça ne peut pas attendre un peu ?” Sandalpho, l'Ange Déchu qui lui enseignait la Musique, avait un don pour apparaître à des moments qui ne l'arrangeaient quasiment jamais.

“Jeune mortel,
les Gémélées m'ont demandé d'assurer votre éducation en ce qui concerne la communication avec ceux que vous appelez les êtres de magie ou féeriques, mais bien que je sois immortel et que par conséquent j'aie une infinité de temps à ma disposition, j'ai aussi d'autres tâches à accomplir...”

La Musique était une mat
ière très importante parce que la plupart des êtres de féerie peuplant les Contrées ne parlaient pas la langue des Hommes mais communiquaient avec eux par le biais du langage universel de la Musique, vecteur de sentiments et d'émotions. Les membres appartenant aux sept familles régnant sur les Contrées Boréales se devaient de maîtriser ce langage, par la voix et à l'aide d'un instrument de musique. Kha'h jouait du piano.

“Soit, allons
y.” fit-il, résigné. “Lloan, je te rejoins après dans la bibliothèque, d'accord ?”

“Ca marche.”




by Djehouti

# Online seit Dienstag, 20. Juni, 2006 um 06:28

Geändert am Mittwoch, 05. September, 2007 um 14:12

... II

... II

Kha'h et l'Ange se rendirent dans la salle de musique où Kha'h dut s'exercer à jouer et à chanter des mélopées complexes, sortes de formules de politesse, tournures idiomatiques, discours ou exhortations utiles dans différentes circonstances, puis il eut à s'essayer à des improvisations pour tenter de s'exprimer lui même. Suivant qu'il arrivait à s'exprimer correctement ou non, Sandalpho fredonnait en signe de contentement ou gémissait, il n'y a en effet rien de plus discordant qu'un discours musical incohérent.

Un homme entra et s'assit dans un fauteuil, écoutant la conversation entre l'Ange et l'adolescent tout en jouant avec son bâton. Il était fin et élancé, son visage encadré d'une cascade de cheveux roux pouvait être qualifié de beau, quoique pâle et empreint d'une sévérité qui ne le quittait jamais. Lorsqu'on le regardait, on s'arrêtait immanquablement sur ses yeux en amande, presque noirs et d'une profondeur vertigineuse, comme ceux de tous les Fay. Cet homme portait des vêtements noirs brodés d'argent et tenait à la main un bâton d'ébène ciselé surmonté d'une plume de cristal, symbole de son autorité et de sa charge de Prince ; il était le Prince Juste, représentant de la Justice dans les Contrées Boréales, un oncle de Kha'h délégué de la famille au Consilium Principum, l'Assemblée des Princes qui dirigeait - au moins en apparence - les Contrées Boréales.

Sandalpho, pourriez vous suspendre votre précieux enseignement ici pour aujourd'hui ? J'ai à parler à mon neveu...”

“Comme vous v
oudrez, Prince... Kha'h, nous continuerons demain, entraînez vous en attendant !”
Sur ces mo
ts, l'Ange s'envola comme si les murs n'étaient qu'illusion.

“Suis moi à l
a bibliothèque” dit l'homme.

“Lloan
m'y attend...”

“Q
u'importe, il est quasiment de la famille... et qui oserait nous trahir ?” balaya-t-il l'objection avec un mouvement d'impatience.
“Presse toi !”

K
ha'h suivit son oncle qui marchait d'un pas pressé vers la bibliothèque. Là, ils prirent place à la grande table où s'était installé Lloan qui avait passé le temps en lisant d'anciennes chroniques. Le regard qu'avait lancé Lloan à Kha'h n'avait pas échappé à son oncle, ce dernier esquissa un sourire...

“Kha'h... e
t toi aussi d'ailleurs, Lloan, puisque tu sembles déterminé à rester aux côtés de Kha'h et d'Arjun'h...” commença-t-il avec un sourire en coin, regardant Kha'h et Lloan droit dans les yeux en prononçant ces paroles.
“Il est temps que vous app
reniez l'Histoire des Contrées, Histoire qui ne vous est pas enseignée au lycée pour raison d'État, entre autres aussi parce qu'elle se mêle à la légende...”

“Au début fut la Magie...
Elle créa ce monde et toutes les créatures le peuplant, qu'elles soient douées de pouvoirs ou non. Son oeuvre achevée, Elle se retira, laissant ses créatures forger leur destin avec pour seul commandement le Respect mutuel... Mais peu à peu, les Hommes finirent par oublier la Magie et brisèrent le lien qui les unissait aux autres créatures en commençant à chasser les animaux pour leur plaisir et non plus pour leur seule subsistance, ainsi qu'en traquant les créatures de magie en vue de les vendre ou les priver de leur liberté...
Au fil des années, le
s Hommes poussèrent les créatures de magie à fuir de plus en plus vers le Nord, vers des contrées inhospitalières... c'est alors que la Magie est intervenue à nouveau. Pour assurer la survie de ses créatures, surtout celle des créatures de magie, Elle fit du Nord inhospitalier ce que nous appelons aujourd'hui les Contrées Boréales, empêchant les Hommes de le trouver. Il y avait bien sûr aussi des Hommes dans le Nord avant la création des Contrées, mais n'ayant pas oublié la Magie et respectant encore les autres créatures, ne chassant que pour vivre, ils furent autorisés à rester. Parmi ces Hommes, elle choisit huit familles...

Ne m'interrompez pas, vous poser
ez vos questions après !” dit il en voyant Kha'h ouvrir la bouche pour parler.

“...huit familles, dont la nôtr
e, auxquelles Elle confia le soin des Contrées Boréales. Elle leur offrit aussi le Don, ce que nous désignons par nos pouvoirs, leur permettant de pratiquer Ses Arts, d'user de Sa puissance, et faisant d'elles un lien entre les Hommes et les créatures de magie... Ensuite Elle se retira à nouveau, veillant à la survie et l'intégrité des Contrées Boréales, mais n'intervenant plus dans les vies de ses créatures. Elle laissa toutefois aux familles un moyen d'entrer en contact avec Elle, le Sanctuaire...

Voilà, Kha'h,
tu peux poser ta question.”

“Tu as
parlé de huit familles... mais il n'y en a que sept ! Ce sont bien les Gentes dont tu parlais, non ?”

“Tu as r
aison... il n'y a plus que sept familles aujourd'hui, mais il y en avait huit autrefois. La huitième Gens était la Gens Prima, la Famille impériale... La Magie avait pris soin de placer une Famille au dessus des autres pour éviter les querelles... jusqu'à la Trahison, les Contrées étaient un Empire et le Consilium Principum n'était encore qu'une assemblée subordonnée à l'Empereur. Destinée à le suppléer dans les affaires d'État, elle s'appelait alors Consilium Gentium et ses membres, délégués de chacune des sept autres familles, ne faisaient que conseiller l'Empereur...

“Qu'est ce que
cette trahison dont tu parles ? On ne nous a jamais rien appris à propos de ça... je ne savais pas non plus que les Contrées avaient été un empire... tu le savais, toi, Lloan ?”

“Oui, s
ur certaines anciennes cartes du monde que j'ai découvertes ici, les Contrées sont mentionnées comme étant l'Empire des Glaces, mais je n'en sais pas plus non plus... quant à cette trahison... aucune idée... un attentat ?”

“En quelque sorte
, oui... La Trahison est le nom donné à l'événement qui a provoqué la chute de l'Empire, il y a une trentaine d'années de cela. Comme vous le savez, le Souffle est un vent tellement glacial qu'il en est mortel, congelant immédiatement quiconque y est exposé et même aujourd'hui nous n'avons pas encore pu développer de vêtements qui nous en protégeraient...”

“Mais les
météorologues nous avertissent toujours à temps, et c'est ainsi depuis des siècles, non ? Alors comment... intervint Lloan.”

“Oui
, en effet, mais laisse moi donc continuer.
Il y a une
trentaine d'années, l'Empereur avait convié les sept Familles à un bal en l'honneur des fiançailles du Knjiaz, l'héritier du trône. Ce soir là était un soir de Souffle, mais bien sûr tout le monde le savait et toutes les portes et fenêtres du Palais Impérial étaient closes. Le bal était somptueux, toutes les personnalités de l'Empire étaient là... ainsi qu'un traître à la solde des Rebelles qui s'était introduit au bal. Celui-ci profita du fait que tous dansaient pour ouvrir l'une des fenêtres, laissant le Souffle s'engouffrer dans le Palais... tout le monde mourut sur le coup, gelé sur place, statufié pour l'éternité... Si simple et tellement efficace...
Les
Révolutionnaires avaient ainsi assassinés en un coup la Gens Prima et les chefs des sept autres Gentes, autrement dit tous ceux qui avaient le pouvoir... Ils avaient apparemment gagnés, les survivants des Familles restantes étant trop jeunes pour accéder au pouvoir... mais c'était sans compter les créatures de magie qui, ayant juré protection aux Gentes, s'unirent pour les défaire. Ensuite, et ce jusqu'à ce que les héritiers des Familles soient en âge d'assumer seuls l'exercice du pouvoir, elles les assistèrent dans la gestion des sept provinces des Contrées. Cette période est appelée l'Interregnum.
Lorsq
ue les héritiers des Familles furent en âge de régner, les créatures de magie qui étaient devenues leurs conseillers les enjoignirent à fonder une assemblée, le Consilium Principum, pour éviter les querelles intestines et en quelque sorte remplacer la Gens Prima...
Voilà la sit
uation telle qu'elle est aujourd'hui... sept provinces d'un empire déchu gouvernées par sept familles fédérées en apparence par une assemblée dont l'autorité est limitée...”

“Et ? Enfi
n je veux dire, pourquoi avoir été pressé au point d'interrompre mon cours avec Sandalpho pour nous apprendre tout cela ?”

“A com
pter de demain, il te sera permis de siéger au Conseil de Famille. Tu assisteras à toutes les décisions importantes de la Gens, comme celles concernant la gestion des Marches par exemple. Tu seras amené à y prendre part, ainsi qu'au reste de la politique des Fay, c'est pourquoi il était nécessaire que tu saches tout cela...
C'est à
moi que fut confiée la tâche de te l'apprendre, mais au regard de la situation actuelle au Consilium Principum je n'ai pu quitter Artica qu'aujourd'hui... mais les choses ne se sont pas calmées pour autant, je n'ai fait que profiter d'un moment d'accalmie pour venir, il faut que je regagne la capitale au plus vite... je pourrai peut être en dire plus lors du Conseil de demain.”

Le Prin
ce se leva, la mine sombre, et s'apprêta à partir lorsqu'il se reprit et se retourna :

“Ava
nt que je n'oublie... Lloan, si comme j'en ai bien l'impression toi et Kha'h êtes proches au point qu'il n'arrive pas à te taire quoi que ce soit, il est inutile de te dire que tu serais bien avisé de ne souffler mot à personne des décisions prises au sein de ces murs...”

Sur
ces paroles, il quitta la bibliothèque dans un froissement de vêtements. Peu de temps après, un traîneau quitta la citadelle à toute allure avec une escouade de Gardes Noirs, troupe d'élite des Marches surnommée les Cavaliers de la Nuit par le peuple parce qu'ils étaient redoutables et savaient passer inaperçus...

by Djehouti

# Online seit Dienstag, 20. Juni, 2006 um 07:08

Geändert am Samstag, 20. Dezember, 2008 um 03:20

... III

... III
Le lendemain matin, assez tôt.

Kha'h se retourna dans son grand lit douillet... et se cogna à Lloan, celui ci s'était apparemment mis à son aise et dormait comme un loir.
Lundi... lycée... à cette pensée Kha'h ne put réprimer une grimace de profond ennui, il se tourna donc vite vers celui qui occupait la majeure partie de son lit pour contempler son visage auréolé d'une cascade de boucles blondes, presque enfantin dans son sommeil. Tout à coup, il prit conscience que deux jeunes femmes aux cheveux noirs, semblant être l'une le reflet de l'autre, se tenaient debout à l'autre bout de son lit et l'observaient.

“Mais qu'est ce que vous faites dans ma chambre ?! On ne peut donc avoir son intimité nulle part ici ?” s'exclama-t-il, surpris, un peu trop fort cependant, car cela réveilla Lloan qui se redressa tout aussi surpris, tout aussi ébouriffé - et tout aussi nu - que Kha'h. Ce dernier s'empressa d'ailleurs de se couvrir, lui et Lloan, avec sa couette.

“A ton avis ? on t'attend !” répondirent ses s½urs jumelles en ch½ur entre deux fous rires provoqués par l'embarras visible de Kha'h.

“Vous m'attendez ? Mais pourquoi... ce n'est pas encore l'heure d'aller au lycée, j'ai cours plus tard aujourd'hui...” des tréfonds de sa mémoire embrumée par le sommeil, des bribes de la journée - et de la nuit - passée resurgirent peu à peu...
“Ah... pour le Conseil ?”

“Non, ça c'est pour plus tard, il faut avant tout t'éveiller.” dit Lillya'h.

“M'éveiller ? Mais je suis réveillé ! Ça ne se voit pas ?”

“Lillya'h a parlé de t'éveiller, pas de te réveiller” répondit Lannya'h a son tour.
“L'Éveil est la cérémonie par laquelle commence ta vie en tant que membre responsable de cette illustre famille.”

“Aaah... bon !” Kha'h ne sut pas quoi répondre, il dormait encore à moitié - et aurait bien aimé continuer.

“Allez, lève toi ! Nous n'avons pas de temps à perdre !” lui intima Lillya'h en ouvrant une des grandes fenêtres.

Kha'h détestait cette façon inhumaine de le réveiller et de l'obliger à se lever. Il regarda avec envie Lloan qui se contentait de s'enfouir sous la couette pour replonger dans un sommeil paresseux.

“Tiens, voilà tes habits” lui dit Lannya'h en lui tendant un ensemble noir et argent brodé aux armoiries des Fay.

Kha'h s'habilla, se prépara - pendant que ses s½ur lui faisaient des remarques, comme quoi il était encore plus lent que certaines filles superficielles très en peine de leur apparence - et tous trois descendirent prendre un rapide petit déjeuner.
Après cela, ils se rendirent dans la cour où les attendait un traîneau attelé de trois chevaux.

“Où allons nous ?” demanda le cocher, un jeune homme de l'âge de Kha'h, qui tout comme lui était heureux de l'excuse fournie pour éviter une journée de cours (service des Fay).

“A la Cité des Glaces” lui ordonna Lillya'h.

Le traîneau partit à toute allure vers le c½ur des Contrées Boréales, silencieux, la neige étouffant le galop des chevaux. Pendant que monts et vallées, fleuves et forêts défilaient, les s½urs lui parlèrent de la Cité des Glaces.
La Cité des Glaces Éternelles était l'ancienne capitale de l'Empire, le c½ur magique et l'âme des Contrées. Elle a été bâtie par la Magie Elle-même, c'est là que se trouve le Sanctuaire des Arcanes, le lieu où Ses élus peuvent entrer en contact avec Elle. Chaque Gens y possède un Palais gardant l'une des sept portes de la Cité, symboles de leur rôle de Gardiennes des sept provinces des Contrées et au centre de la Cité se trouve le Palais Impérial, magnifique bâtiment qui n'a son pareil nulle part ailleurs. Comme après la Trahison et la Chute de l'Empire, le nouveau gouvernement, c'est à dire le Consilium Principum, s'était installé à Artica, la Cité fut désertée.

Le traîneau entra par la Porte des Roses et entra dans la cour du Palais des Fay. De là, frère et s½urs se dirigèrent vers le centre. La Cité était entièrement ciselée dans de la glace, d'où son nom, les palais, bibliothèques, thermes, tous les bâtiments semblaient aériens tant ils étaient finement ouvragés. La lumière bleutée, irréelle, diffusée par la glace et le silence oppressant qui régnait en ce lieu emplissaient le visiteur d'une crainte respectueuse.
Au bout d'une allée bordée de statues altières d'empereurs des temps passés s'élevait le Palais Impérial avec ses coupoles, ses balcons, ses portiques, tours et tourelles s'élevant dans le désordre le plus harmonieux qui soit. Les jumelles, et Kha'h à leur suite, ébahi de tant de beauté, montèrent les marches du grand escalier frontal et empruntèrent une suite de couloirs. Les portes s'ouvraient devant eux, comme si elles les reconnaissaient, ils rencontraient parfois des statues de glace, domestiques figés en plein mouvement, malheureuses victimes de la Trahison.

Ils arrivèrent enfin dans la Salle des Grands de l'Empire, une salle circulaire, assez austère, meublée d'une table ronde, plutôt un anneau d'ébène en fait, vide en son centre, centre où flottait une sphère de quelque chose d'inqualifiable, pulsant d'une lumière changeante et irradiant d'une douce chaleur... Autour de la table, huit sièges à haut dossier, chacun orné des armes d'une des sept Gens ou de la famille impériale... Les trois s'avancèrent vers le siège noir orné de la rose, la sphère flamboya et vint les entourer, puis retourna au centre... la table s'agrandit, deux sièges supplémentaires aux armes des Fay apparurent et sur les trois sièges noirs s'inscrivirent leurs noms en lettres d'or, puis les sièges s'éloignèrent de la table, comme pour inviter Kha'h et ses s½urs à prendre place. Ce dernier voulut s'y asseoir, mais Lillya'h le retint :

“Cette Salle est l'une des multiples entrées du Sanctuaire des Arcanes, c'est la seule entrée dans les Contrées Boréales... pour y accéder, nulle incantation, nul cercle de runes... par cette Salle ne peuvent accéder au Sanctuaire que ceux qui sont de sang ancien, c'est à dire les membres des sept Gens et de la famille impériale... les seuls Hommes des Contrées Boréales aptes à user de magie...
Lorsque nous nous assoirons, nous serons transportés en un lieu de magie pure... le voyage est pour le moins surprenant, prépare toi y...”

Ils prirent place... la Salle se mit a tourner autour d'eux, ils eurent l'impression d'être congelés et de brûler à la fois, leur vie repassa devant leurs yeux en l'espace de quelques battements de c½ur... après quelques instants qui leur parurent une éternité, ils se retrouvèrent assis autour d'une table similaire à celle du Palais, mais en un lieu hors du temps, un lieu de magie pure, qui prenait l'apparence qu'on en imaginait, un lieu à l'apparence différente pour chacun...
Lannya'h expliqua à Kha'h qu'en ce lieu il trouverait toute information qu'il désirerait, entres autres des livres de sorts, introuvables dans les bibliothèques... elle le prévint encore que bien que la Magie soit omnisciente, Elle ne donnait pas toujours la réponse désirée...

Une forme capuchonnée en livrée noire avec une rose d'argent apparut, leur demandant ce s'ils désiraient quelque chose, offrant de les guider...

“Nous désirons procéder à l'Éveil de notre jeune frère” lui répondit Lillya'h.

“Nous vous attendions... si vous voulez bien me suivre” leur répondit la forme brumeuse dans un souffle, ses paroles semblant venir de partout à la fois.

Quelques instants plus tard, ils arrivèrent à un grand portail qui ne payait pas de mine, là la forme capuchonnée dit aux deux s½urs qu'il n'était permis qu'une seule fois à chacun de traverser ce portail dans son existence. L'ayant déjà franchie auparavant, elles ne suivirent pas Kha'h plus loin.

Kha'h franchit le portail. Derrière là porte il n'y avait rien, pas même une étincelle de lumière, il était debout dans le vide et pourtant il ne tombait pas, ou alors il ne s'en rendait pas compte. Lorsqu'il se retourna, il n'y avait plus de portail non plus. Il aperçut alors une étincelle de lumière qui grossissait à vue d'½il, comme si quelque chose de lumineux approchait. Au fur et à mesure que cette lumière approchait et grandissait, Kha'h put distinguer une forme humaine. La Magie lui apparut sous les traits d'un beau jeune homme... ou d'une superbe jeune femme, il n'en savait rien, il n'y avait aucun moyen de le dire. Plus la silhouette approchait, plus elle grandissait, mieux il la voyait, bientôt il vit qu'Elle n'avait pas les traits d'un seul être humain, mais tour à tour ceux de tous ceux qu'il aimait par dessus tout.

Une voix... non, une multitude de voix s'éleva alors :

“Pour t'éveiller à une vie nouvelle, tu dois mourir. Tu ne t'éveilleras que si tu échappes au Temps et à l'Histoire, à ton histoire... Ainsi donc, meurs !”

Ce dernier mot était prononcé avec une force inouïe, il était d'une telle autorité que Kha'h ne put y échapper. il n'eut pas le temps de réfléchir à Ses paroles que déjà son c½ur avait cessé de battre et que son corps tombait en une chute interminable dans le vide... pourtant il pensait toujours, il voyait son corps tomber, et il La voyait toujours encore, Elle... il existait donc toujours, une partie de lui du moins.

Les voix s'élevèrent à nouveau pour prononcer un seul mot : “Va !”

A nouveau, aucun moyen d'échapper à l'autorité de cette parole, son âme ou ce qui restait de lui fut pris dans un tourbillon d'images... il se revoyait lui, Lloan, Arjun'h, ses s½urs, sa famille, mais les images défilaient dans le mauvais sens, il remontait le temps. Arrivé à sa naissance, il crut que tout s'arrêterait là, mais non, le tourbillon reprit de plus belle, il n'avait plus le temps de distinguer quoi que ce soit dans ce chatoiement de couleurs... apparemment, il remontait très loin dans le temps...
Tout à coup, le tourbillon ralentit, un paysage apparut. Il regarda autour de lui. D'après le relief, il était toujours au même endroit... sauf qu'il n'y avait pas de cité de glace. Il prit alors conscience qu'il était au sein d'un cercle de neufs personnes en armure, tous avaient quelque chose de noble, un port altier. Parmi eux, il y avait des jumeaux... très beaux ne put-il s'empêcher de remarquer en les détaillant. Ils regardaient dans sa direction, mais ne semblaient pas le voir, ils regardaient plutôt à travers lui. Il se retourna et vit La vit. C'était Elle que tous regardaient, et Elle, contrairement aux autres, le voyait...
Elle commença alors à parler... cette fois ci, sa voix n'était que musique, ses paroles pénétraient le c½ur de ceux qui l'entendaient et emplissaient leurs êtres. Elle leur expliqua qu'Elle était l'Origine de ce monde, que tout ce qui le composait était Sien, issu d'Elle. Ils étaient Ses élus, choisis parmi les Hommes à qui Elle avait permis d'habiter ce monde. Elle les avait choisis pour le préserver et le gouverner. Ils durent lui jurer allégeance et respect de Sa Création, ainsi que le devraient tous leurs descendants à leur tour. En prononçant ces paroles, Elle regarda plus particulièrement Kha'h qui mit alors genoux à terre, baissa la tête et lui jura.
Elle confia alors à huit des chevaliers présents, dont les jumeaux, les sept provinces des Contrées en leur rappelant leur serment. Puis Elle appela le dernier chevalier à Elle, Elle lui confia le soin des Contrées toutes entières, et lui donna la souveraineté sur les huit autres tout en exigeant de lui le serment que lui et ses descendants se montreraient toujours équitables envers les autres qui ne seraient toutefois pas liées à lui par un quelconque serment d'allégeance à sa personne, mais par celui qu'ils Lui avaient fait en c½ur.
Enfin, Elle fit apparaître huit pierres précieuses luisant de feux colorés dans la paume de sa main et d'un souffle de Sa part, elle partirent vers les neufs chevaliers, se posèrent sur leur front où elles disparurent pour se mêler à leur sang, l'émeraude donnée aux jumeaux se fissura et une moitié s'unit à chacun d'eux. Les chevaliers touchèrent leur front, incrédules, sous leurs doigts se mit à briller une lumière, puis elle disparut. Kha'h savait que cela n'arrivait que lorsque le front était touché par un membre des Gentes, une personne douée de Magie, il toucha son front, une lueur rouge sang s'enflamma pendant un instant, or personne n'avait reçu une telle pierre... Ces pierres, expliqua-t-Elle étaient une parcelle de Son Pouvoir dont elle leur avait ainsi fait présent. Grâce à elles, ils avaient le Don d'apprendre et de pratiquer Ses Arts, la Magie.

Après ces dernières paroles, Elle s'éleva dans les cieux jusqu'à ce qu'on ne put plus distinguer les traits de son visage, elle étendit ses bras et entonna une mélopée envoûtante. Le ciel se couvrit, il se mit à grêler comme jamais Kha'h ne l'avait vécu, jusqu'à ce que la colline soit entièrement couverte de glace, puis cette glace commença à s'agglomérer. Sur la colline commença à s'élever un immense palais aux multiples tours, puis divers bâtiments ainsi que sept autres palais... Ainsi surgit en quelques heures du néant la Cité des Glaces, joyau inégalé des Contrées Boréales, scintillant de toute les couleurs par le jeu des rayons des soleils qui avaient vaincu les nuages pour honorer de leur lumière la dernière et la plus accomplie de Ses créations.

Tout comme les neufs chevaliers, Kha'h n'arrivait pas à croire ce qu'il venait de voir. Tout à coup tout se remit à tourbillonner autour de lui.

Lorsque le tourbillon s'arrêta à nouveau, il se retrouva dans une forêt profonde. Un cor de chasse retentit et il entendit des chevaux approcher au grand galop. Sans réfléchir, il se cacha derrière des buissons. Des Tigrains, nobles créatures ayant à la fois l'apparence d'un homme et d'un tigre, respectées pour leur force et leur sagesse, passèrent devant lui, semblant courir pour leur vie. Soudain une volée de flèches siffla et un Tigrain s'effondra juste devant lui. Les cavaliers approchèrent, mirent pied à terre et entourèrent la créature blessée. L'un deux, un homme élancé, athlétique, ressemblant beaucoup à Arjun'h - il ne devait avoir que quelques années de plus que lui - tendit la main et quelque chose d'indéfinissable s'échappa du Tigrain, inexorablement attiré par la main du jeune homme. Kha'h comprit qu'il était entrain d'absorber l'essence du Tigrain, sa vie et ses pouvoirs... tuer ainsi l'une des Créatures était un crime indicible, une telle cruauté était inconcevable... dans son dernier souffle, le Tigrain maudit son assassin.

“Parjure... tu L'as trahie pour plus de pouvoir... Artemias'h Fay, sois maudit en Son nom... ni toi ni ceux de ton sang ne trouveront plus le repos ni dans la vie, ni dans la mort, je le jure par ma vie qui fuit... soyez maudits toi et les tiens... Justice sera rendue...”

Artemias'h riait à gorge déployée pendant que Kha'h se retenait de vomir de dégoût. A nouveau, tout recommença à tourner autour de lui.

Lorsque le tourbillon s'arrêta, il se trouvait à nouveau au Sanctuaire... mais il n'était pas seul, Artemias'h était là, lui aussi, vieilli, fatigué, il n'était plus guère que l'ombre de lui même.
Lorsqu'Elle apparut, tous deux tombèrent à genoux. Artemias'h commença à conter son histoire depuis le jour fatidique. Maudits, lui et les siens durent dès ce jour vivre seuls, abandonnés de tous, plus personne ne les approchait, ni Homme, ni Créature, ni animal. Quiconque essayait de s'en prendre à eux mourrait de Sa main avant de d'avoir seulement pu les toucher. Durant des décennies, ils errêrent ainsi, en parias. Finalement, Artemias'h était venu implorer Son pardon, il regrettait amèrement son action.

“Tu Nous as trahis...” ces mots tombèrent comme autant de coups de couteau lacérant non seulement le corps, mais aussi l'âme. Elle tendit sa main et Artemias'h se tordit de douleur, une émeraude sanglante s'arracha à son front pour tomber dans Sa main.

“...toutefois Nous te pardonnons car Nous savons que désormais aucun des tiens ne quittera plus Notre voie... toi et les tiens avez souffert longtemps, tu as longtemps erré avant d'oser te présenter devant Nous... ta souffrance à racheté ton action, mais vois ce que ton avidité à fait.”

L'émeraude était devenue un rubis couleur de sang.

“Tu as voulu plus de pouvoir, tu te les as pris et tu en as payé le prix. Par respect pour le Tigrain que tu assassinas et pour tous ceux qui comme lui durent périr de ta main, Nous ne te reprendrons pas ces pouvoirs, mais par respect pour toutes Nos Créatures, Nous ne pouvons pas vous laisser toi et les tiens en disposer à votre gré et sans contraintes.”

Sur ces paroles, le rubis quitta Sa main et disparut dans le front d'Artemias'h pour retourner se mêler à son sang.

“Ceci est Notre second Don, vous voilà plus puissants que tous les autres, ainsi que vous l'avez voulu, mais vous en paierez le prix à chaque fois que vous userez de cette puissance... vous payerez de votre vie. Ainsi soit il !
Va maintenant, reprends ta place avec les tiens.”

Kha'h comprit maintenant pourquoi il n'avait pas le droit d'user pleinement de magie jusque là, dans son exubérance d'adolescent, il aurait cherché à dépasser les limites imposées - l'éternelle fascination exercée par l'interdit - et en serait mort.

Lorsqu'Artemias'h eut quitté les lieux, Elle se tourna vers lui.

“Tu es mort, tu as vu ton passé et tu y as survécu, d'autres ne sont jamais revenus de ce voyage car ils ont essayé d'intervenir, de modifier le passé, ils y ont laissé leur vie. Tu es digne de renaître...

Que ton âme rejoigne ton corps ! "

Devant Kha'h son corps se matérialisa peu à peu, surgissant du néant, portant toujours encore une expression de surprise. En regardant ses yeux, son corps se mit à tournoyer devant lui - ou était-ce sa vue qui se troublait à nouveau ? - et il se sentit inexorablement attiré vers celui-ci.
Kha'h tomba, tomba et tombait toujours, puis tout s'arrêta. Lorsqu'il rouvrit les yeux, Elle était encore là, mais plus imposante que jamais. Elle esquissa un simple geste et un vent glacial d'une force inouïe se leva et l'emporta loin d'Elle, toujours plus loin... puis tout devint noir, pendant qu'une douleur dans le front le fit sombrer dans un flot de pensées.
Lorsqu'il reprit ses esprits, ses s½urs étaient penchées au dessus de lui. Jamais les retrouver ne lui avait procuré autant de joie qu'à ce moment là. Il avait un terrible mal de crâne... avait-il vraiment vécu tout cela ? Il se retourna, il n'y avait aucun portail, le mur était vide. Un instant cependant, il crut voir des runes de feu se mouvoir avant de disparaître...

" Viens, allons manger quelque chose, tu dois avoir faim ", s'exclama Lannya'h en riant, l'arrachant à ses pensées.

Tous trois quittèrent le Palais Impérial pour se rendre au leur, là un bon repas les attendait, préparé par le jeune homme qui les avait amenés.


by Djehouti

# Online seit Dienstag, 20. Juni, 2006 um 08:05

Geändert am Sonntag, 25. Januar, 2009 um 11:19

... IV

... IV
Il faisait nuit. Kha'h ne trouvait pas le sommeil, tournant et retournant en son esprit ce qu'il avait vécu.
Il finit par
repousser ces souvenirs tumultueux et décida d'explorer les lieux. C'était la première fois qu'il venait à la Cité des Glaces Éternelles, il n'avait jusque là pas même cru à son existence. Pour commencer, il regarda plus attentivement autour de lui, ce qu'il n'avait pas eu l'occasion de faire auparavant, préoccupé qu'il était par ce les événements de la journée. Les murs de glace, translucides mais pas transparents pour autant, laissaient filtrer une douce lumière tamisée et colorée. Tout semblait apparemment être constitué d'un alliage de glace et de magie, absolument tout, des murs du palais jusqu'à la housse de son oreiller. Cela permettait par exemple que le lit de glace soit chaud sans qu'il ne fonde pour autant, que les rideaux de glace soient au toucher comme du tissus et puissent se plier sans se fendre, ou tout simplement que la glace prenne des couleurs différentes.

Il sortit du Palai
s. Il faisait froid mais sec, le tapis de neige poudreuse donnait l'impression de marcher sur de coton... ou sur un nuage. Il flâna à travers les rues dans un silence absolu qui avait quelque chose d'irréel, admirant tous ces bâtiments, tous différents, tous magnifiques, ornés, sculptés si finement, édifies dans des formes si fluides qu'ils semblaient ne pas être faits de main d'Homme... Bien sûr, c'est Elle qui les a crées, comment avait-il pu déjà l'oublier ?
Il prit soudain conscience d'une musique légère qui semblait venir du centre de la Cité, il la suivit à travers les ruelles pour finir par arriver devant le Palais Impérial... seulement celui-ci était illuminé et il semblait s'y dérouler une fête... la Gens Prima n'était plus, la Cité abandonnée, et pourtant... Plus étrange encore, les gardes qui le matin même n'étaient encore que des statues de glace semblaient être bien vivants.
Il décid
a d'entrer.
“B
ienvenue Lord Fay !” le saluèrent les gardes.
Comment savaie
nt-ils ? Ah oui, la rose sur son manteau...
“ Si vous voulez bien me suivre Mylord ” Le majordome aussi semblait bien vivant pour un surgelé sans date de péremption. Il le mena à une immense salle éblouissante de faste, scintillante d'or et d'argent qui se mêlaient à la glace des murs. La Salle de Bal était pleine de monde en vêtements plus sophistiqués les uns que les autres. Les violons s'essoufflaient dans une alcôve pendant que tout le monde semblait attendre quelque chose...
C'e
st alors qu'un majordome frappa le sol de sa canne.
“Leurs Al
tesses sérénissimes, le Tzar Cronaï, par Sa grâce divine Empereur de toutes les Contrées, Seigneur de la Cité Éternelle, Prince d'entre les Princes, Protégé de l'Étoile et la Tzarjiza Naloya'h, par Sa grâce Impératrice de toutes les Contrées, Élue de l'Étoile, Première Dame.
Son Alte
sse le Knjiaz Lliuor'h et Lady Karia'h Fay”
Entrèrent
un homme à l'allure sévère mais au visage empreint de douceur au bras d'une femme élancée dont les traits étaient cachés par un voile pourpre, nul ne devait en effet voir les traits de l'Élue car elle était Son Oracle. Les suivirent un jeune homme à peine plus âgé que Kha'h au bras d'une jeune femme qui devait être Karia'h, sa tante... Il se souvenait avoir passé son enfance devant le portrait de cette femme, fasciné par sa beauté, mais ce tableau était encore bien en deçà de la vérité... Kha'h se pinça -cela lui fit un mal de chien - il devait rêver, l'Empereur et l'Élue étaient morts ce soir là, en même temps que le Knjiaz, Karia'h et tous les autres Grands des Gens, lors de la Trahison... ou avait il remonté le temps ? Il sentait encore la douleur à l'endroit où il s'était pincé, il ne rêvait donc pas...

Le T
zar et la Tzarjiza descendirent sur le parquet pour ouvrir le Bal, suivis de Lliuor'h et de sa fiancée, puis un à un les autres couples les rejoignirent sur la piste. Commença alors un ballet comme Kha'h n'en avait jamais vu, les couples évoluaient sur la piste dans des figures complexes au son des violons, virevoltant dans un froissement d'étoffes et dans un tourbillon vertigineux de couleurs sans un faux pas, sans jamais se toucher ou se gêner d'aucune sorte.
Tout d'un coup, il en
tendit une fenêtre claquer, les vêtements des danseurs semblaient être pris dans un fort courant d'air et tous s'immobilisèrent, gelés sur place... il n'y avait plus musique ni lumières, plus que des statues de glace dans la pénombre. Il cligna des yeux, incrédule, se passa la main sur le bras, il faisait encore mal... il ne rêvait vraiment pas... la prochaine fois il se pincerait moins fort.
Il rentra vite au Palais de
s Fay et retourna se coucher... il en parlerait peut être à ses s½urs le lendemain... peut être... il s'endormit, rêvant aux fastes d'une époque révolue.

“Khaaaaaa'h ! Réveille toi
! C'est l'heure du petit déjeuner !” retentit la voix de l'une de ses s½urs. Kha'h se leva en grommelant, il avait encore sommeil. Finalement il parut dans la salle à manger ébouriffé et à moitié habillé et mangea en somnolant.
Après le petit
déjeuner, ils quittèrent la Cité comme ils étaient venus. Le froid des grandes plaines finit par le réveiller.

A Carmina
l'attendait déjà une pile de cours à rattraper soigneusement empilés sur son bureau, ce qui provoqua un léger gémissement de désespoir chez Kha'h, gémissement qui eut vite fait de se transformer en un fou rire, Lloan l'ayant surpris par derrière pour le chatouiller.
“ Tou
te cette montagne de paperasses désagréables peut bien attendre jusqu'à ce soir, non ?” lui susurra-t-il dans le creux de l'oreille avant de l'emmener dans les jardins jusqu'au c½ur du labyrinthe de la roseraie où se trouvait une statue représentant des jumeaux tenant chacun dans leur main la moitié d'une émeraude. Là, ils pourraient être tranquilles. Kha'h avait passé des heures à contempler cette statue, tant l'expression finement sculptée de leurs visages appelait en lui un écho, les jumeaux en qui il reconnaissait maintenant les jumeaux de son passé, ceux qu'Elle avait élus, se regardaient d'un air où se mêlaient passion, bonheur et désespoir à la fois... la passion de leur amour, le bonheur d'être inséparables et le désespoir d'être entravés par leur lien de sang. Kha'h racontait son éveil à Lloan qui le tenait enlacé quand Sandalpho vint troubler leur intimité pour reprendre le cours de Kha'h là où il avait été interrompu l'avant veille. Kha'h se résigna et le suivit. Sandalpho avait vraiment la désagréable habitude de toujours apparaître aux moments les moins opportuns...

Le lendemain, Kha'h dut
se rendre au lycée... L'éducation dans les Contrées Boréales s'accordait avec celle de l'Autre Monde – c'est ainsi qu'on désignait dans les Contrées les Nations des hommes qui ne croyaient plus en Elle et L'avaient oubliée - pour faciliter le contact et surtout pour permettre aux habitants des Contrées de comprendre ce monde dont ils vivaient si isolés. Kha'h manqua de s'endormir en Philosophie, rêva en Littérature, il but les paroles de son professeur d'histoire par contre... Un mercredi de cours comme tous les autres en somme.

Au fur et
à mesure qu'il rentrait au château cependant, il sortit de plus en plus de sa torpeur lycéenne, pris d'une impatience croissante, il était l'heure de son apprentissage des arts magiques avec les Elfes.
Dans la
cour du château l'attendaient deux loups, à côté de l'un d'eux se tenait un jeune elfe, Isrias. Celui-ci était aussi jeune parmi les Elfes que Kha'h parmi les Hommes, mais il approchait de sa cent vingtième année... C'était le compagnon d'apprentissage de Kha'h, ils étaient très vite devenus d'excellents amis et Kha'h appréciait beaucoup sa compagnie, surtout après les cours du lycée.
Kha'h
fit porter ses affaires de cours dans ses appartements puis demanda à l'un des loups s'il acceptait de le porter, Isrias fit de même et les loups s'élancèrent hors du château, les emmenant aussi vite et silencieusement que le vent à travers les plaines enneigées jusqu'à la forêt où séjournaient les Elfes Sombres du clan d'Isrias, le Clan du Lac d'Argent. Isrias guida Kha'h sur des chemins que lui seul pouvait discerner et que Kha'h n'arrivait toujours pas à retrouver, malgré le nombre de fois qu'il les avait déjà empruntés. Ils arrivèrent au bord du Lac d'Argent sur les rives duquel s'étendait la cité où vivait le Clan. Ses bâtiments filigranes qui se fondaient dans la végétation environnante n'étaient que dentelle lithique si fine, aux courbes si élégantes et aux motifs si harmonieusement enchevêtrés que la pierre aux reflets laiteux semblait ne pas avoir été taillée et sculptée mais avoir poussé ainsi. Contrairement aux villes humaines, les cités elfiques ne possédaient pas de remparts, leur défense était assurée par la nature et les éléments, sans oublier les innombrables charmes plus complexes, anciens et puissants les uns que les autres que les elfes avaient tissés au fil des générations pour dissimuler l'existence de leurs cités aux yeux de tous et les protéger contre leurs ennemis, mais aussi contre les humeurs de la nature.

Les deux
amis traversèrent l'enfilade de jardins qui entouraient la cité, passèrent sous des arcades couvertes de plantes et à côté de fontaines magnifiques jusqu'à arriver à une petite maison blottie contre un saule pleureur. On n'aurait su dire qui de la maison ou de l'arbre s'était trouvé là en premier, tant ils étaient inextricablement enchevêtrés l'un dans l'autre. Assis au bord de l'eau calme, méditant, les attendait un elfe aux traits fins mais sévères. Il avait de longs cheveux noirs qui tranchaient avec sa peau pâle, certaines mèches tombaient sur ses yeux clos, ses mains aux longs doigts soignés étaient jointes sur ses jambes croisées, on aurait dit une statue... parfaite. Tout chez les elfes semblait avoir atteint la perfection. Soudain, ses doigts et ses lèvres bougèrent, Isrias et Kha'h furent cloués au sol, l'elfe ouvrit ses yeux dorés.
“ Vous êtes toujours bea
ucoup trop lents ! J'aurais pu vous tuer si j'en avais eu l'envie. Vous me décevez beaucoup... tant que vous ne saurez pas réagir au quart de tour, vos connaissances ne vous serviront pas à grand chose.
Kha'h, tu
es revenu... j'en déduis que tu es éveillé, ce qui veut dire que nous allons pouvoir commencer l'apprentissages des arcanes majeurs... arcanes qui ne vous seront toutefois d'aucune utilité tans que vous serez aussi lent à réagir !
Suivez-moi
sur l'île.”
Puis voyant qu'il
s ne bougeaient pas, il fit un mouvement de la main et la pression qui les maintenait au sol se relâcha.
“ Incapables. ”

Ils le suivirent et montèrent dans une barque comme n'en peuvent construire que les elfes, effilée, légère, robuste et belle, d'une facture parfaite exécutée dans un bois d'une blancheur immaculée. La barque fendit l'eau sans un bruit, personne ne la guidait, c'était comme si elle avait une volonté propre, elle ralentit puis accosta doucement sur l'île où Isrias et Kha'h étaient formés par leur maître, il leur enseignait les Rituels de Sang, arts magiques que peu pratiquaient encore parce que ces enchantements, parmi les plus puissants, se nourrissaient d'énergie vitale.
Ils n'étaient pas seuls. Co
uché sur la table de pierre se trouvait un homme que Kha'h reconnut pour être un dangereux meurtrier condamné à mort. Son maître vit le regard de Kha'h et s'expliqua.
“ Les arcanes m
ajeurs sont des enchantements d'une puissance extrême, les plus puissants des Rituels de Sang qui nécessitent de la préparation d'une part, mais aussi beaucoup d'énergie vitale... Un petit animal ne suffirait pas à alimenter un tel rituel, voilà la raison de la présence de ce condamné. Sa mort aura au moins été utile.
Vous ne perfo
rmerez pas les arcanes ici, leur usage n'est requis et permis qu'en cas d'absolue nécessité. Ils permettent de diriger les forces naturelles et d'influer sur le cours des événements. Vous apprendrez entres autres à conjurer un orage et à diriger ses éclairs ou à contrôler la trajectoire d'un cyclone, mais aussi à ôter la vie à des centaines d'êtres en un instant. Il existe des arcanes maléfiques, destructeurs, ce sont les plus connus, mais il existe tout autant d'arcanes bénéfiques. Quoi qu'il en soit, les arcanes ne sont pas à utiliser à la légère. Leur performance requiert l'usage simultané de la parole et de la gestuelle après apposition d'un sceau sur un réceptacle de vie pour éviter que le rituel puise dans votre propre force vitale, mais surtout, les arcanes requièrent une volonté de fer. Vous apprendrez séparément la gestuelle et les invocations, il vous est formellement interdit de les conjuguer ici, je vous le répète. Si l'envie vous en prenait, je vous tuerai à l'instant sans hésitation aucune, me suis-je bien fait comprendre ?” Il n'avait nullement haussé le ton, mais l'éclat de ses yeux révélait qu'il était tout ce qu'il y avait de plus sérieux. Les deux amis déglutirent.

“ Je vais
vous montrer maintenant l'un de ces arcanes. Reculez et ne bougez pas d'un cheveu quoi qu'il arrive si vous tenez à votre vie. ”
Il traça d'
abord un sceau de feu complexe en l'air puis l'envoya brûler sur le front du condamné d'une blancheur cadavérique. Ensuite il exécuta une longue série de positions et de gestes avec tout son corps tout en psalmodiant une litanie aussi fluide que le ruissellement de l'eau après la pluie, il semblait danser, une danse lente dont chaque mouvement était étudié et avait été répété des centaines de fois, une danse de puissance. Des nuages commencèrent à se rassembler au-dessus de l'île, un coup de tonnerre retentit comme une explosion et en même temps un éclair éblouissant zébra le ciel en direction de la table qu'il n'atteignit pourtant jamais. A quelques centimètres du visage du condamné hurlant de terreur, l'éclair se concentra en un globe d'énergie qui lévita quelques instants au dessus du mort en sursis qui n'avait déjà plus de voix, avant de se diriger lentement vers Kha'h et Isrias. L'orbe éblouissante et mortelle tourna plusieurs fois lentement autour de chacun d'eux avant de partir au dessus du lac et d'y plonger en soulevant des gerbes d'eau et une colonne de vapeur. Le condamné rendit son dernier souffle dans un râle de délivrance, Kha'h n'avait jamais vu un visage aussi affreusement défiguré par la peur. Le maître avait appliqué la sentence, les Elfes Sombres étaient justes mais cruels... comme les Fay, ne put-il s'empêcher de remarquer.

“ Bien,
nous allons commencer par renforcer votre volonté et entraîner la célérité de vos réactions. Je vais vous lancer des sorts, vous devrez les parer, si vous n'y arrivez pas ou si vous réagissez trop tard, il vous faudra vous en délivrer. Allons y. ”
Ils s'entraînèrent ains
i quelques heures durant, puis Kha'h se fit ramener à la citadelle, exténué, par le loup qui l'avait amené. S'il tenait sur l'animal, ce n'était que par pure habitude, il était si épuisé qu'il ne voyait même plus les paysages qui défilaient devant lui, ni que la nuit était tombée.

Les semain
es passèrent ainsi entre le lycée où Kha'h regrettait de ne pouvoir se confier à ses amis, c'est à dire les quelques uns qu'il appréciait vraiment - et les seuls qui ne lui léchaient pas les bottes en l'espoir d'une quelconque faveur - les cours particuliers supplémentaires auxquels il commençait à vouer un intérêt croissant - surtout la magie parce que c'était en compagnie d'Isrias et qu'il se sentait très bien auprès des Elfes... même auprès de son maître - et le peu de temps qui restait passé avec Lloan ou sa famille.


by Djehouti

# Online seit Mittwoch, 23. August, 2006 um 17:19

Geändert am Donnerstag, 06. September, 2007 um 00:24